La Carte et le Territoire – Comment j’ai trouvé mon présent

Mercredi 8 septembre

Me voilà partie chantant à tue-tête sur mon vélo à la poursuite du nouveau roman de Michel Houellebecq, sorti aujourd’hui en France, mais ici ?, afin de m’offrir demain une journée de pleine lecture, rapport au 9/9, date de mon anniversaire.
La Fnac locale, Dussmann, m’informe avec une amabilité toute allemande, que ce ne sera pas chez eux que je trouverai ce que je cherche.
Vraiment très, très déçue, je décide de me rendre un peu plus loin, aux Galeries Lafayettes, où se trouve dans le sous-sol labyrinthique un peu au delà du pain Poilâne et des macarons un espace librairie française.
Le vendeur m’accueille direct d’un bonjour en français, et s’entame une conversation sur le thème.

Les cartons envoyés par l’éditeur ne seront pas là avant la fin de la semaine.
C’est bien ennuyeux.
C’est mon anniversaire demain.
Je l’ai connu un peu, Michel Houellebecq.
Ah, il paraît qu’il ne prend de douche qu’une fois par semaine.
Certains grand auteurs étaient vraiment sales, voir ils puaient ; quand je travaillais à la bibliothèque de l’Opéra Garnier je voyais des photos, le col blanc vlan y t’y collaient un coup de craie dessus et c’était parti ; les mains dégueulasses.

On l’a lu, nous, le roman, il est pas mal, [Est ce qu’il est drôle ? J’ai envie/besoin qu’il soit drôle], on a reçu notre exemplaire la semaine dernière.
Ah, je pourrais pas vous l’acheter, votre exemplaire à vous ?
Ben, c’est ma collègue qui l’a.
Ah…
Je pourrais pas lui acheter demain, à elle ?
Elle est en arrêt maladie pour une semaine.
Ah… Oui, ah bon alors si elle est malade…

Quand on écrit on est sensibles à notre propre réseau associatif. Parfois on entend ça chez quelqu’un d’autre, qui nous bouleverse.

“Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu”.
“Le frais cresson bleu”, ça c’était bien, ça.
Rimbaud, y vaut notamment pour ses phrases fulgurantes, il suffit d’une et sa renverse tout un poème, de l’ennui on passe brusquement au sublime. Voyez Les Ponts : “Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéanti cette comédie”. Le poème était mal parti, et finalement il est bouclé, et comment !
….
Le succès de Houellebecq en Allemagne, moi je pense que c’est à cause de son traducteur. Il l’a rendu populaire dans les milieux radicaux de gauche, contrairement à la France, en traduisant par exemple dans Extension du Domaine de la Lutte que la psychanalyse rendait asocial ; alors que son personnage ne dit pas ça, il dit que la psychanalyse rend incapable d’aimer.
Oui non mais en plus la psychanalyse socialise au contraire.

Vous travaillez ?
Non.
La psychanalyse m’a rendu asociale.

Quand j’écoute certaines Cantates de Bach je fond en larmes. Je les garde pour les temps froids bien sûr.

Vous faites de la musique ? Alors, on appelle ma collègue ? Elle joue de la basse.

Salut Poulette, t’es au lit ? J’ai ici une cliente, assez  particulière, mais sympa, qui voudrait te racheter l’exemplaire du dernier Houellebecq parce que demain c’est son anniversaire, tu l’as fini ? OK, je te l’envoie.

Elle est malade, je vais lui apporter du jus de betterave bio.

En sortant, sur le parking du supermarché de Mehringdamm où est garé mon ami vélo, je vois une très grosse bicyclette résolument rose, que je connais bien. Mon amie est venue manger chez moi ce midi, et là elle fait ses courses pendant que je m’apprête à rejoindre le quartier de Schöneberg à toutes berzingues avec du jus de betteraves dans mes sacoches à la poursuite de mon roman.
Le sac à dos de sa petite fille est resté dans le panier à l’avant. Je glisse un mot dedans : c’est  Alice in Wunderland aujourd’hui, en plus avec son vélo rose, un vélo reconnaissable aussi vite comme ça qu’on aimerait avoir le même. Tout ça dans une ville huit fois grande comme Paris intra muros.
Je pédale, le cœur comme un pinson, je croise un groupe très harmonieux de quatre jeunes hommes aux cheveux très longs, bouclés, châtains, aux barbes pareilles, portant des instruments.

Hauptstrasse, vingt minutes de vélo plus tard. Un peu transpirante je sonne à la porte.
Elle s’ouvre, elle descend avec mon roman.

…Tu joues de la basse nous on fait des trucs on improvise on sait pas jouer on tourne on change d’instrument ou on chante l’autre fois j’ai fait de la batterie j’était très contente du résultat on a un site myspace ça pourrait t’intéresser de jouer avec nous on aimerait bien ouais ça peut être sympa carrément j’aime les musiques minimalistes la basse dans mon ancien groupe on nous disait que ça sonnait comme Joy Division on répète de temps en temps on s’enregistre et la guitare ouais j’aime les sons de la guitare le problème c’est les guitaristes ouais c’est sûr le problème c’est les guitaristes Bliouhm Bliouhm avec leurs solos enfin y’en a qui aiment…

Elle me tend mon présent et me dit “Bon anniversaire”.

Le 9/9, La Carte et le Territoire, s’avéreront sûrement décevants. Mais je l’ai fêté aujourd’hui, plus tôt que demain.
Ah : Demains…  !

http://www.facebook.com/photo.php?pid=318182&l=97f70ec4ea&id=100000632522094

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s